Thèse de Doctorat

AU SERVICE DE LA PAIX ET DE LA CONCORDE DANS LA JUSTICE

          « La paix soit avec vous ! Pour vous d’abord, mais aussi pour les autres, car en nous séparant nous avons une grande mission de pacification à remplir », dit notre Fondateur, le Vénérable Père Emmanuel d’Alzon qui nous invite à être disponibles pour servir l’Eglise universelle du Seigneur (Cf. Ecrits Spirituels, p. 1436). C’est dans cette perspective qu’en 2012, je suis allé à Rome pour continuer mes études en Droit Canonique. Je rends grâce à Dieu et je suis très reconnaissant envers la Congrégation toute entière, surtout les membres de la communauté généralice par leur soutien fraternel. Le 27 mai 2016, j’ai soutenu ma thèse de Doctorat à l’Université Grégorienne de Rome. Cette thèse a été publiée le 11 novembre 2016 et approuvée le 03 décembre 2016. Cela signifie que l’Université m’accorde définitivement le diplôme de Doctorat en Droit Canonique. C’est une thèse qui s’intitule : « Engagement des clercs à maintenir la paix et la concorde dans la justice selon le canon 287 §1 dans la perspective de l’Exhortation apostolique Africae munus».

        En général, l’étude sur l’engagement des clercs en faveur de la paix, de la concorde, de la réconciliation et de la justice selon les recommandations du can. 287 §1 et de l’Exhortation apostolique Africae munus, nous permet d’approfondir la spécificité de la mission évangélisatrice de l’Eglise Famille de Dieu du continent africain. La question fondamentale que nous avons posée tout au long de ce travail est la suivante : comment évangéliser l’Afrique, en particulier Madagascar, dans le contexte de crise socio-politique actuelle où règnent la haine, la division, la violence, l’insécurité et la pauvreté profonde ? L’objectif de ce travail est donc d’exposer les contextes dans lesquels l’Eglise Catholique est appelée à jouer une position centrale afin d’aider les différents pays africains à résoudre les problèmes d’instabilité politique, de destruction de l’environnement, d’inégalité sociale, d’injustice, d’insécurité, de corruption, de pauvreté, de conflits ethniques et de toutes les calamités qui constituent des obstacles majeurs à la transmission de la Bonne Nouvelle du salut.

         Dans l’introduction, nous avons précisé que ce travail comprend cinq chapitres dont le premier porte sur l’Eglise en Afrique au service de la paix, de la concorde, de la justice et de la réconciliation. C’est un chapitre qui traite les contextes dans lesquels les clercs sont appelés à promouvoir ces valeurs en Afrique. Pour commencer, nous donnons un aperçu général de l’Exhortation apostolique Africae munus, en nous référant à Ecclesia in Africa, comme sa source et son fondement. Nous présentons ses contenus, puis notre réflexion se concentre sur l’engagement particulier des clercs au sein de l’Eglise Famille de Dieu et le maintien de la paix, de la concorde, de la réconciliation et de la justice en Afrique. On insiste ensuite sur l’importance de l’éducation de tous les fidèles chrétiens en ces matières et l’engagement en faveur du développement intégral de toute la personne humaine.

        Puis, nous évoquons, à titre d’exemple, l’engagement particulier des clercs à Madagascar. Après la présentation de la situation politique et sociale en général du pays, nous expliquons le sens de la valeur culturelle malgache de Fihavanana. Ensuite, nous donnons un bref aperçu historique du catholicisme et l’engagement particulier des responsables pastoraux à Madagascar dans le processus de la réconciliation nationale. Cela devrait être le fondement de la justice, de la paix, de la concorde et de la solidarité entre tous les Malgaches qui cherchent à répondre aux exigences de la Bonne Nouvelle du salut, malgré les crises socio-politiques que les dirigeants étatiques et les autorités religieuses n’arrivent pas à résoudre efficacement.

         C’est par ce premier chapitre que nous expliquons la situation concrète de l’Afrique et de Madagascar. Cela nous aide à comprendre que l’engagement des Eglises particulières de ce continent reflète la vision de l’Eglise universelle qui invite tous les clercs à mettre en pratique les dispositions du can. 287 §1. Il constitue la base de toutes les réflexions et les recherches que nous menons pour les chapitres suivants car, avec la connaissance de la réalité et du contexte de ce continent, nous serons capables d’approfondir les fondements bibliques et historiques du can. 287 §1 et son application à travers les différents enseignements du magistère.

            Le deuxième chapitre est dédié spécifiquement aux ministres sacrés ou clercs. Le but de ce chapitre est surtout de mettre en relief le caractère spécifique des clercs par rapport aux autres fidèles du Christ étant donné que par vocation particulière à servir le peuple de Dieu, ils sont appelés à être artisans de paix et acteurs de justice et de réconciliation selon l’invitation de l’Exhortation apostolique Africae munus. C’est ce chapitre qui traite des aspects canoniques du sacerdoce ministériel par lequel les clercs : évêques et prêtres, agissent en la personne du Christ, Tête de l’Eglise, Famille de Dieu en Afrique et à Madagascar.

             Le troisième chapitre concerne l’engagement des clercs selon la tradition. Ce chapitre permet de comprendre que face à la mission spécifique qui leur est confiée, les clercs du continent africain sont invités à découvrir à partir de la Bible et de la Tradition le fondement de leur engagement à maintenir entre les hommes la paix et la concorde fondée sur la justice, dans la perspective de l’Exhortation apostolique Africae munus.

             Le quatrième chapitre se concentre sur l’engagement des clercs selon le Code de 1983. C’est ce chapitre qui constitue le cœur de cette recherche puisqu’il se propose d’approfondir la source et le contenu du can. 287 §1. Nous expliquons d’abord le choix du mot «engagement» et sa relation avec les mots : paix, concorde et justice selon ce canon. Puis, nous nous attachons à exposer les sources du canon, en mettant en relief la nouveauté qu’il apporte par rapport au Code de 1917.

          Nous avons évoqué dans ce chapitre les exigences canoniques limitant l’engagement des clercs, en particulier les interdictions imposées aux clercs dans l’exercice de charges publiques (cann. 285 §3 et 289 §2), dans leur participation à une activité politique et syndicale (can. 287 §2) et dans le fait de se porter volontaire pour un service armé (can. 289 §1). Cependant, nous avons mentionné explicitement les exceptions faites aux diacres permanents selon le can. 288. C’est ainsi qu’on a rappelé aux clercs du continent africain que, dans leur engagement social, ils ne doivent pas assumer directement des charges publiques qui impliquent leur participation active dans la direction des partis politiques et associations syndicales.

           Le cinquième chapitre de ce travail expose les enseignements du magistère et les interventions du Siège Apostolique délivrés après la promulgation du Code de 1983. Nous précisons particulièrement les enseignements des Papes successifs, Jean Paul II, Benoit XVI et l’actuel Pape François qui ont une attention particulière envers l’Afrique en rappelant aux ministres sacrés l’importance de leur intervention devant les problèmes socio-politiques affrontés par plusieurs pays de ce continent.

            Dans la conclusion, nous avons précisé qu’en choisissant ce thème, nous avons voulu montrer l’importance et la valeur de l’exigence canonique du can. 287 §1 dans la vie et les activités pastorales des clercs en Afrique, et surtout à Madagascar. Il convient d’admettre que par sa nature, tout en se limitant au champ juridique, le droit canonique prend en compte les implications pastorales de l’Eglise parce qu’elles sont l’expression et l’instrument de toutes ses activités et ses missions apostoliques. On veut affirmer que la finalité du droit canonique n’est pas de se substituer, dans la vie de l’Eglise, à la foi, à la grâce, aux charismes et surtout à la charité des fidèles, mais au contraire de susciter dans la société ecclésiale un ordre qui accorde la priorité à l’amour. Selon le can. 287 §1, ce but accorde la priorité de la paix, de la concorde et de la justice. Ainsi, dans la perspective de l’Exhortation apostolique Africae munus, les clercs du continent africain, particulièrement ceux de Madagascar, sont spécifiquement invités à promouvoir ces valeurs, à travers la prédication de la Bonne Nouvelle de la miséricorde, du pardon, de la réconciliation et du Fihavanana. Cette mission est fondamentalement au cœur de l’évangélisation toujours orientée au salut des âmes (cf. can. 1752) de tous les êtres humains vers qui tous les ministres sacrés sont envoyés comme artisans de paix et acteurs de justice.

Père RAKOTOARILALA Louis Martin

 

 

Catégorie: