Scolasticat international : avantages, défis et avenir

Expérience communautaire et  Formation intellectuelle  dans un Scolasticat international : avantages, défis et avenir

      Quand on nous a demandé de partager une expérience assomptionniste dans une communauté internationale, la première chose qui nous est venue à l’esprit a été de savoir comment nous allions la contextualiser. En fait, la réalité de cette communauté internationale de Nairobi, Emmanuel House, a des avantages et des défis, constituant un gage pour notre avenir. 

      Ce que nous partageons maintenant, c’est notre propre expérience des années écoulées, concernant les études et la vie communautaire, … dans le contexte de notre mission à Nairobi. 

      La formation religieuse dans cette communauté, est à la fois exigeante et enrichissante. Ces dernières années de notre formation, nous vivons dans une communauté internationale composée de confrères

venus de cinq pays différents. En fusionnant ces cinq cultures, nous parlons généralement deux langues du Kenya au sein de notre communauté : l’Anglais et le Kiswahili. Nous nous habituons un peu plus à parler Anglais. Cependant, nous avons quelques difficultés pour apprendre la langue locale afin de nous adapter à la culture locale et surtout aux besoins de l’Église locale.

      Dès le début de notre formation religieuse à Madagascar, l’importance de la vie communautaire a été claire pour nous. D’ailleurs en fondant notre Congrégation, notre fondateur, le Père Emmanuel d’Alzon, a voulu que tous les religieux se consacrent à étendre le Royaume de Dieu en eux et autour d’eux. Sous l’influence et le patronage de Saint Augustin, le Père d’Alzon a également voulu que la vie communautaire soit l’une des caractéristiques essentielles de la vie religieuse assomptionniste. 

      C’est pourquoi, la vie communautaire à Emmanuel House est non seulement marquée par les différences culturelles, mais aussi par la différence d’âges. Au sein de notre communauté, nous sommes 14 frères et 4 prêtres, dont : 3 Kényans, 9 Congolais, 2 Malagasy, 1 Camerounais, 1 Togolais et 1 Canadien. 

      C’est pour nous un privilège de partager avec des confrères issus d’autres nationalités. Au début, la vie interculturelle a été une expérience libératrice. Nos petites difficultés d’adaptation   étaient plus liées aux différentes personnalités qu’aux différences culturelles. Concernant les différentes personnalités et les différences culturelles, nous avons différentes façons de comprendre les choses, par exemple : la récréation, les coutumes de notre foi chrétienne et les manières d’aborder la vie humaine. Malgré tout cela, nous avons réussi à nous adapter-intégrer dans cette communauté multiculturelle. 

La Communauté Internationale de Nairobi, Emmanuel House

      Dans l’ensemble, nous pouvons dire que notre expérience interculturelle est vécue comme un cadeau. Nous sommes reconnaissants pour le temps de formation assomptionniste que nous avons passé au sein de la communauté de Nairobi. Car sa diversité culturelle nous a bel et bien enrichis, même si nous y avons rencontré certains obstacles. 

      Pour résumer ces obstacles vécus dans cette communauté interculturelle, nous voudrions souligner ceci : le principal obstacle se situe au niveau de la personnalité des confrères. En ce qui concerne les relations interpersonnelles, chaque confrère a pu apporter sa contribution selon son arrière-plan culturel (Background). Toutefois, la pluralité de langues dans la communauté internationale peut bloquer un peu la communication si certains membres se permettent de parler leur langue maternelle. D’une part, vivre dans une communauté interculturelle demande certaines adaptations, notamment : accueillir les autres tels qu’ils sont, nous ouvrir aux valeurs culturelles des autres, et nous adapter aux langues de la communauté : l’Anglais et le Kiswahili. 

      D’autre part, la vie interculturelle dans notre communauté bénéficie d’une atmosphère harmonieuse et pleine de valeurs culturelles. La réalité interculturelle que nous vivons peut devenir meilleure si, et seulement si, nous prenons en considération les exigences de la communauté assomptionniste. À notre humble avis, nous pensons que le témoignage d’une communauté interculturelle peut jouer un rôle crucial dans le processus de réconciliation entre les différentes cultures. La dimension interculturelle de notre communauté nous démontre l’unité dans la diversité et cela nous épanouit dans la mission de notre Congrégation elle-même.

      Pour parler de la formation intellectuelle dans notre communauté internationale, nous nous sommes basés sur ce que le Père Emmanuel d’Alzon disait dans ces Écrits Spirituels : « Pour être un vrai religieux de l’Assomption, il faut sérieusement étudier ». En fait, notre communauté a pu nous donner un climat serein pour nous préparer à être de vrais religieux qui soient formés intellectuellement et spirituellement dans le domaine de la Théologie. À ce propos, la communauté nous envoie à l’Université Jésuite « Hekima University College ». La plupart de notre temps est consacré aux études. Car celles-ci exigent de nous un travail sérieux, comme la lecture des livres et la rédaction de nos travaux pratiques. En plus, en communauté, nous nous organisons tour à  tour pour prêcher notre récollection mensuelle. Tout cela pour nous préparer à notre future mission

      En somme, vivre dans une communauté internationale nous aide et nous enrichit mutuellement. Quels que soient certains obstacles rencontrés, nous avons pu grandir intellectuellement et spirituellement dans notre vie religieuse assomptionniste. Toutefois, la vie interculturelle demande toujours du courage et de la patience afin de nous adapter à cette réalité interculturelle pour promouvoir l’unité dans la diversité.

Frères Jean Lucien et Pierre Chanel

Expérience de formation intellectuelle et communautaire dans un scolasticat international

      Je suis très heureux de pouvoir vous partager quelques expériences de vie étant religieux en formation, vivant dans une communauté internationale (Emmanuel d’Alzon à Kinshasa). Chers frères et sœurs, je vous adresse mes cordiales salutations et mes meilleurs vœux à travers cet humble article. Avant tout, n’espérez pas de nouvelles époustouflantes pour que vous ne soyez pas dessus après les avoir lues. Je ne suis pas journaliste ! Néanmoins,  il est certain que vous n’allez pas regretter ces quelques minutes que vous allez gaspiller pour me lire.  

      Je voudrais vous parler de l’internationalité et de la formation intellectuelle pour laquelle la congrégation m’a envoyé ici. D’emblée, je vous garantis que, où que vous soyez et quoi que vous fassiez comme apostolat, du moment que vous êtes dans n’importe quelle communauté assomptionniste, vous vous sentirez toujours chez vous. Nous sommes plus qu’un simple témoin oculaire. D’ailleurs, la vie communautaire est une bénédiction. Comme il est beau de vivre ensemble avec nos différences ! 

      Notre communauté est formée de 42 religieux dont 5 prêtres et 37 frères en formation.

      Nous venons de différents pays, entre autres : Congo RDC, Congo Brazzaville, Togo, Ouganda, Kenya et Madagascar. Franchement, je suis chanceux de pouvoir expérimenter l’internationalité dans notre communauté Emmanuel d’Alzon Ngaliema à Kinshasa. Personnellement, je suis convaincu que ce qui empêche les gens de vivre ensemble, c’est leurs bêtises, pas leurs différences. L’internationalité est une valeur biblique : « vous tous, qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ. Il n'y a plus ni Malagasy ni Congolais…, il n'y a plus ni esclave ni homme libre, il n'y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus-Christ. » (Cf. Ga 3, 27-28). Pour moi, personne n’est spécialiste en vie communautaire mais seule l’humilité nous rend heureux et épanouis. L’humilité ne signifie pas naïveté, on ne peut pas tout accepter en se taisant devant n’importe quoi. Mais l’humilité est un sentiment de sa propre insuffisance qui pousse à réprimer tout mouvement d'orgueil. Cela rend disponible notre volonté pour comprendre les autres afin que nous puissions les aimer. Le Père d’Alzon en parle d’une façon impressionnante : « l’humilité mettra un frein à notre langue, elle inspirera la gravité qui convient à un religieux. Elle sera le principe de la modestie qu’il doit apporter dans ses relations avec ses frères et le prochain » (Ecrits Spirituels p. 49). Pour moi, celui qui vit bien communautairement n’est pas quelqu’un qui peut tout supporter mais quelqu’un qui peut apparaître tel qu’il est et en même temps capable d’accueillir les autres tels qu’ils sont. Nous devons donner le meilleur de nous-mêmes tout en profitant de celui des autres pour nous enrichir davantage. En outre, je suis d’avis avec le récent chapitre général qui dit que « la culture de l’autre est absolument nécessaire pour être fidèle à l’Evangile » (Chapitre général 2017, p. 51). Nous sommes heureux malgré nos limites et nos faiblesses. Nous nous aimons vraiment comme des frères.

      Quant à la formation intellectuelle, je suis sûr que nous tous constatons que l’étude ne va pas de soi, c’est un combat de longue haleine. Il y a toujours quelques difficultés mais plus nous avançons, plus nous constatons l’intérêt et la nécessité en tant que futur pasteur. La vie académique a ses hauts et ses bas, quelques fois on se sent même fatigué mais rien n'est impossible au courage. Je ne minimise pas l’intelligence mais je constate que ce qui compte le plus dans les études théologiques, c’est d’abord la lecture. Celui qui est intelligent n’est pas quelqu’un qui a tout dans sa tête mais plutôt celui qui sait tout localiser. Je pense que pour mieux réussir, il faut se connaître avant d’adopter une méthode appropriée. Je ne suis pas plus cartésien que Descartes mais je suis convaincu que la raison est la chose du monde la mieux partagée. Mais ce qui nous diffère, c’est que chacun a sa méthode. La théologie c’est notre vie, il faut l’aimer pour que ça aille de mieux en mieux.  

      Par ailleurs, nous comptons sur vos prières car en RDC, nous sommes en train de vivre une situation un peu délicate. La sécurité est assez fragile à cause de la crise politique. Certainement êtes-vous au courant de ce qui se passe ici. Seulement méfiez-vous des exagérations venant des médias car souvent la réputation est dix fois pire que la réalité. Ce qui est vrai, c’est que le divorce entre l’état et l’Eglise est largement consommé. Merci de votre patience.

Frère RAKOTOMANGA Harilala Soldier Pio 

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