La joie de l'amour

EXHORTATION APOSTOLIQUE POST-SYNODALE AMORIS LAETITIA

(Sur l'amour dans la famille)

     Pape François 19 mars 2016

PREMIERES IMPRESSIONS.

       1/ Le titre de l'Exhortation «LA JOIE DE L'AMOUR », avec en sous-titre « sur l'amour dans la famille » marque bien l'intention du Pape de souligner l'importance de ce sentiment et de cette vertu de l'amour au sein de la réalité humaine qu'est la famille. En même temps, le Pape met en relief cet autre sentiment qui en découle pour tous : la joie.

    2/ Le Pape François s'adresse essentiellement à tous les chrétiens. Plusieurs fois nous avons vu des Encycliques dans lesquelles le Pape s'adressait à tous les hommes (aux hommes de bonne volonté). Ici, le Pape cite les évêques, les prêtres, les diacres, les personnes consacrées, les époux chrétiens et tous les fidèles laïcs seulement. Ce texte sera lu très certainement par des milliers de non-chrétiens. Le Pape ne s'adresse pas directement à eux, mais aux chrétiens, pour leur dire la pensée officielle de l'Eglise Catholique actuellement.

     3/ Le texte est long. En effet, il comprend 325 paragraphes regroupés en 9 chapitres. Le Pape a donc le désir de présenter la famille, dans ses divers aspects, pour aider les hommes d'aujourd'hui à vivre cette réalité humaine en conformité avec la volonté de Dieu afin d'en retirer un bonheur aussi parfait que possible. C'est pourquoi le texte nous transmet d'abord les enseignements de la Parole de Dieu et il termine en nous donnant des orientations pratiques de spiritualité matrimoniale et familiale.

    4/ Pour écrire ce texte le Pape se sert abondamment des conclusions des Synodes de 2014 et 2015. Il utilise beaucoup aussi les textes officiels de l'Eglise depuis le Concile Vatican II (Gaudium et Spes), le Droit Canon, le Catéchisme de l'Eglise Catholique, les textes des Papes qui l'ont précédé, depuis Pie XI (Casti Connubii), Paul VI (Humanae vitae), Jean-Paul II (Familiaris Consortio). Il fait appel aussi à sa propre catéchèse et aux divers enseignements des Conférences Episcopales du monde (d'Argentine, d'Australie, de Colombie, d'Italie, du Kénya, etc...) Le Pape n'hésite pas à recourir aux Pères de l'Eglise et aux saints docteurs (Saint Augustin, Saint Thomas d'Aquin, Saint Ignace de Loyola), mais aussi à des auteurs profanes (Erich Fromm, Gabriel Marcel).

LE BUT DE CET ARTICLE

    Dans un premier temps, je voulais présenter l'Exhortation du Pape de façon proche du texte, pour permettre à des étudiants en théologie de le lire avec plus de facilité. Après réflexion, je préfère m'en tenir à une présentation moins complète, mais plus orientée vers la perspective pastorale sans oublier, cependant, les grands principes qui ont guidé le Pape François à l'heure où il a écrit son texte.

1/ RAPPEL DES GRANDES ORIENTATIONS QUI ONT GUIDE LE PAPE FRANÇOIS POUR ECRIRE SON TEXTE.

 1/ C'est la joie et le bonheur qui doivent emplir le cœur de toute personne qui traite de l'amour et de la famille, sinon on ne peut pas bien parler de ce sujet. Tous les sondages, surtout parmi les jeunes, signalent que la famille est considérée comme la valeur la plus estimable. Et cela malgré les crises à travers lesquelles elle passe « La joie de l'amour qui est vécue dans les familles est aussi la joie de l'Eglise » (1). Le Pape veut donc que les chrétiens prennent en compte cette joie et la défendent contre tous ceux qui, délibérément ou non, l'attaquent. Ils voudraient aussi que tout ce qui peut la ternir ne rende-pas les chrétiens pessimistes, mais au contraire que les dangers et les obstacles stimulent les chrétiens à œuvrer en faveur du bonheur vrai de la famille. L'autorité, dans l'Eglise, n'a pas d'autres buts que de travailler pour le bonheur des gens. Et quand elle propose une orientation morale ou spirituelle qui peut sembler austère et parfois au-dessus des forces humaines, elle doit toujours le faire en se souvenant qu'elle s'adresse à des personnes humaines fragiles mais perfectibles et non pas à des robots. Enfin, le Pape désire que tous les responsables de l'Eglise, et en particulier tous les agents pastoraux, qui ont pour rôle de présenter les aspects doctrinaux, moraux, spirituels et pastoraux, montrent un visage moins rébarbatif et plus agréable. Cela doit se faire non pas en bouleversant les fondements de la doctrine ou de la morale, mais en humanisant les rapports de « l'Eglise » avec les personnes concrètes.

2/ Le Pape rappelle alors que beaucoup de décisions, même très importantes, peuvent se prendre au niveau des régions, sans attendre une intervention venant d'autorités lointaines. « Tous les débats doctrinaux, moraux ou pastoraux ne doivent pas être tranchés par des interventions magistérielles... Dans chaque pays ou région, peuvent être recherchées des solutions plus inculturées, attentives aux traditions et aux défis locaux. Car les cultures sont très diverses entre elles et chaque principe général a besoin d'être inculturé, s'il veut être observé et appliqué. » Pratiquement le Pape invite donc les Conférences épiscopales à prendre davantage de responsabilité pour juger de certaines pratiques et orienter la pastorale sacramentelle pour qu'elle soit à la fois plus proche des fidèles et plus conforme à la volonté du Christ venu sauver tous les hommes.

3/ Un autre principe souligné par le Pape François, c'est de savoir agir en adulte en matière religieuse comme dans la vie courante. «Les débats qui se déroulent dans les moyens de communication ou bien dans les publications et même entre les ministres de l'Eglise, vont d'un désir effréné de tout changer sans une réflexion suffisante ou sans fondement, à la prétention de tout résoudre en appliquant des normes générales ou bien en tirant des conclusions excessives de certaines réflexions théologiques. »(2). Le Pape semble reprocher à certains milieux (la presse, les moyens de communication et même le milieu ecclésiastique) d'agir comme des enfants, soit en voulant balayer tout le passé pour embrasser les idées nouvelles et les nouvelles modes, sans réfléchir à la solidité du passé et à la fragilité du présent ; soit au contraire en attendant tout de lois immuables venant d'en-haut, comme de Dieu et qu'il suffirait d'appliquer bêtement : la LOI a dit ça, ou l'AUTORITE a dit ça... il n'y aurait plus à réfléchir, comme si avant tout en pastorale on n'avait pas affaire à des êtres humains. Le Pape François demande d'agir en adulte et de faire preuve de discernement. Sans doute, c'est une situation moins confortable en quelque sorte, mais combien plus humaine et dynamique. Pour juger d'un cas particulier, il faut donc savoir le replacer dans son contexte général et tenir compte de bien de circonstances (bonne volonté du sujet, point de départ de sa situation, progrès réalisés... Mais aussi difficultés traversées : pauvreté, chômage, habitat inadapté, migration, guerres, persécutions, déstabilisation des familles, etc...)

4/ On peut reconnaître que tout n'est pas absolument négatif dans d'autres unions, et le Pape François le fait (52), mais il faut savoir affirmer avec force la vérité sans crainte. « Seule l'union exclusive et indissoluble entre un homme et une femme remplit une fonction sociale pleine, du fait qu'elle est un engagement stable et permet la fécondité... Les unions de fait, ou entre personnes du même sexe, par exemple, ne peuvent pas être placidement comparées au mariage. Aucune union précaire ou excluant la procréation n'assure l'avenir de la société. » (52). Il y a des vérités qu'il faut savoir défendre avec ténacité et des contre-vérités et des formes d'esclavage ou de violence surtout à l’encontre des femmes qu'il faut savoir combattre et faire disparaître petit-à-petit, même si elles prétendent exister par coutumes ancestrales. (54)

Des progrès ont été faits pour défendre les droits de la femme. Il faut savoir reconnaître le positif de certains mouvements féministes. Cela n'empêche pas de reconnaître en même temps ses aberrations quand il prétend défendre les droits de la femme par la mort de l'embryon, ou quand il nie la différence et la réciprocité naturelle entre un homme et une femme (théorie du genre). L'égale dignité entre l'homme et la femme nous pousse à nous réjouir que les vieilles formes de discrimination soient dépassées. Beaucoup de progrès sont à faire encore dans les mentalités individuelles et dans la société. (54-56).

  5/ Le Pape François, sans citer l'avortement ou l'euthanasie, condamne toute atteinte à la vie et évoque la valeur inaliénable de l'existence humaine : « La valeur d'une vie humaine est si grande et le droit à la vie de l'enfant innocent qui grandit dans le sein maternel est si inaliénable qu'on ne peut d'aucune manière envisager comme un droit sur son propre corps la possibilité de prendre des décisions concernant cette vie qui est une fin en elle-même et qui ne peut jamais être l'objet de domination de la part d'un autre être humain. La famille protège la vie à toutes ses étapes, y compris dès ses débuts. Voilà pourquoi à ceux qui travaillent dans les structures de santé, on rappelle leur obligation morale à l'objection de conscience. De même, l'Eglise sent non seulement l'urgence d'affirmer le droit à la mort naturelle, en évitant l'acharnement thérapeutique, mais aussi elle rejette fermement la peine de mort. » (83).

6/ Pour remédier aux difficultés que les familles peuvent rencontrer, le Pape François propose en premier lieu l'éducation, l'accompagnement et le discernement. (259-306). C'est dès la petite enfance que l'homme adulte forge son bonheur. C'est d'abord en famille que l'on acquiert la première éducation pour utiliser correctement sa liberté. « Lorsqu'on propose des valeurs, il faut aller progressivement, avancer de diverses manières selon l'âge et les possibilités concrètes des personnes, sans prétendre appliquer des méthodologies rigides et immuables. » (273). Il faut que la personne acquière des convictions personnelles solides d'action humaine et non pas des savoirs cas par cas. C'est ce que le Pape appelle «supériorité du temps sur l'espace ». L'éducateur et le législateur n'ont pas à donner des solutions pour tous les cas possibles et imaginables. Mais ils doivent permettre aux personnes d'acquérir des principes qui les aideront à agir librement et valablement par eux-mêmes. (261) Cela est valable pour une éducation à l'amour et pas seulement à des connaissances physiologiques de l'appareil sexuel de l'être humain. (280-285).

Le Pape recommande très fortement la préparation au mariage et aussi un accompagnement durant plusieurs années après le mariage, car ce sont ces premières années du couple et la présence des enfants qui modifient la vie des personnes.

Le Pape développe de manière approfondie les exigences et les caractéristiques du chemin d'accompagnement et de discernement dans un dialogue approfondi entre les fidèles et les pasteurs. Il attire l'attention de l'Eglise sur les conditionnements et les circonstances atténuantes en ce qui concerne l'imputabilité et la responsabilité des actions. « Les normes générales présentent un bien qu'on ne doit jamais ignorer ni négliger, mais dans leur formulation, elles ne peuvent pas embrasser dans l'absolu toutes les situations particulières. » (304).

7/ Le Pape François rappelle enfin que l'Eglise a par-dessus tout le désir d'intégrer tous les hommes dans le Corps du Christ, quelle que soit leur fragilité. (296-312) « La route de l'Eglise, depuis le Concile de Jérusalem, est toujours celle de Jésus : celle de la miséricorde et de l'intégration... La route de l'Eglise est celle de ne condamner personne éternellement ; de répandre la miséricorde de Dieu sur toutes les personnes qui la demandent d'un cœur sincère. » (296). «// s'agit d'intégrer tout le monde. On doit aider chacun à trouver sa propre manière de faire partie de la communauté ecclésiale, pour qu'il se sente objet d'une miséricorde imméritée, inconditionnelle et gratuite. Personne ne peut être condamné pour toujours parce que ce n'est pas la logique de /'Evangile ! » (297). « Le discernement des Pasteurs doit toujours se faire en distinguant attentivement les situations, d'un regard différencié. » (298).

 

II / POUR NOUS. PRETRES OU SEMINARISTES OU AGENTS PASTORAUX. VOICI QUELQUES PERSPECTIVES PASTORALES QUI DOIVENT NOUS CONCERNER DE PLUS PRES. (199-258).

 1/ Se rappeler tout d'abord que « les familles chrétiennes, par la grâce du sacrement de mariage, sont les principaux acteurs de la pastorale familiale, surtout en portant le témoignage joyeux des époux et des familles Eglises domestiques. » (200).

« La pastorale familiale doit faire connaître par l'expérience que l'Evangile de la famille est une réponse aux attentes les plus profondes de la personne humaine : à sa dignité et à sa pleine réalisation dans la réciprocité, dans la communion et dans la fécondité. » (201).

2/ Il faut donner aux responsables une meilleure formation : « On sent le besoin d'une formation plus adéquate des prêtres, des diacres, des religieux et des religieuses, des catéchistes et des autres agents pastoraux... L'expérience de la vaste tradition orientale des prêtres mariés pourrait être utile. » (202).

3/ Il faut améliorer la formation des séminaristes. « Les séminaristes devraient recevoir une formation interdisciplinaire plus étendue sur les fiançailles et le mariage, et non seulement une formation doctrinale... Il faut garantir durant la formation une maturation pour que les futurs ministres aient l'équilibre psychique que leur mission exige... Il est important que les familles accompagnent tout le parcours du séminaire et du sacerdoce, puisqu'elles aident à l'affermir d'une manière réaliste. Dans ce sens, associer un certain temps de vie au séminaire à un autre temps de vie dans les paroisses est sain... La présence des laïcs et des familles, en particulier la présence féminine, dans la formation sacerdotale, permet de mieux apprécier la diversité et la complémentarité des diverses vocations dans l'Eglise. » (203).

Peur mieux former les agents de la pastorale familiale, il faut aussi faire intervenir des psychopédagogues, des médecins de famille, des assistants sociaux, des avocats de mineurs et de famille, des personnes expérimentées à traiter des cas de violence domestique et d'abus sexuels, sans oublier les apports de l'accompagnement spirituel et du sacrement de la Réconciliation, offerts par l'Eglise. (204).

4/ Il faut organiser la préparation au mariage. En y engageant toute la communauté chrétienne ; en rappelant la pratique des vertus, en particulier de la chasteté, pour acquérir une croissance authentique de l'amour interpersonnel. Préparer les jeunes depuis le début de la catéchèse « en soulignant le lien du mariage avec le baptême et les autres sacrements. » Il faut organiser des programmes spécifiques de préparation proche du mariage. (206).

La préparation ne doit pas être faite seulement pour apporter des convictions doctrinales ou spirituelles, mais aussi elle doit apporter des éléments pratiques, des conseils bien concrets, des tactiques issues de l'expérience, des orientations psychologiques. Sans oublier, ici aussi, la pratique du sacrement de la Réconciliation. (211).

5/ Oser aller à contre courant de ce qui se fait. Le Pape regrette que les fiancés focalisent toutes leurs énergies sur des choses secondaires : invitations, vêtements, fête et autres détails qui épuisent les personnes et enlèvent toute la joie. Il demande de donner la priorité à l'amour mutuel : « Chers fiancés, ayez le courage d'être différents, ne vous laissez pas dévorer par la société de consommation et de l'apparence. Ce qui importe, c'est l'amour qui vous unit, consolidé et sanctifié par la grâce. Vous êtes capables d'opter pour une fête sobre et simple, pour placer l'amour au-dessus de tout. Les agents pastoraux et la communauté entière peuvent aider à ce que cette priorité devienne la norme et ne soit plus l'exception. » (212). « Trop préoccupés par le jour du mariage, les futurs époux oublient qu'ils se préparent à un engagement qui durera toute la vie... Le sacrement n'est pas seulement un moment... il exerce son influence sur toute la vie matrimoniale, d'une façon permanente. » (215).

6/ Accompagner dans les premières années de la vie matrimoniale.

A/ Mûrir en amour « Le mariage ne peut se comprendre comme quelque chose d'achevé... C'est un projet qu'il faut mener à bien ensemble. Le regard se dirige vers l'avenir qu'il faut construire quotidiennement, avec la grâce de Dieu, et pour cela même on n'exige pas du conjoint qu'il soit parfait. Il faut laisser de côté les illusions et l'accepter tel qu'il est : inachevé, appelé à grandir, en évolution. » (218).

        B/ Réguler les naissances « L'accompagnement doit encourager les époux à être généreux dans la communication de la vie... La bonne voie pour la planification familiale est celle d'un dialogue consensuel entre les époux, du respect des rythmes et de la considération de la dignité du partenaire... Mais le choix responsable de devenir parents présuppose la formation de la conscience... Les époux prendront en considération à la fois et leur bien et celui des enfants déjà nés ou à naître ; ils discerneront les conditions aussi bien matérielles que spirituelles de leur époque et de leur situation ; ils tiendront compte enfin du bien de la communauté familiale, des besoins de la société temporelle et de l'Eglise elle-même... Le recours aux méthodes fondées sur les rythmes naturels de fécondité devra être encouragé. Ces méthodes respectent le corps des époux, encouragent la tendresse entre eux et favorisent l'éducation d'une liberté authentique. Il faut toujours mettre en évidence le fait que les enfants sont un don merveilleux de Dieu, une joie pour les parents et pour l'Eglise. » (222).

         C/ Renforcer la spiritualité familiale.  « Il faut souligner l'importance de la spiritualité familiale, de la prière et de la participation à l'Eucharistie dominicale, en encourageant les couples à se réunir régulièrement pour favoriser la croissance de la vie spirituelle et la solidarité au niveau des exigences concrètes de la vie. Liturgies, pratiques dévotionnelles et Eucharisties célébrées pour les familles, surtout pour l'anniversaire du mariage... favorisent l'évangélisation à travers la famille. » (223).

            D/ Se donner du temps. « Ce parcours est une question de temps. L'amour a besoin de temps disponible et gratuit, qui fait passer d'autres choses au second plan. Il faut du temps pour dialoguer, pour s'embrasser sans hâte, pour partager des projets, pour s'écouter, pour se regarder, pour se valoriser, pour renforcer la relation... Les agents pastoraux et les groupes matrimoniaux devraient aider les jeunes couples ou ceux qui sont fragiles à se rencontrer aux moments où le temps manque, à s'arrêter l'un en face de l'autre, voire à partager des moments de silence qui les obligent à expérimenter la présence du conjoint. » (224).

            E/ Créer ses habitudes et ses fantaisies. « Il faut aussi inciter les jeunes couples à créer leur propre routine, qui offre une sensation de stabilité et de protection...C'est bon de se donner toujours un baiser le matin, se bénir toutes les nuits, attendre l'autre et le recevoir lorsqu'il arrive, faire des sorties ensemble, partager les tâches domestiques...Il est bon, en même temps, d'interrompre la routine par la fête...(226).

            F/ Ne pas oublier le spirituel. « Nous les Pasteurs, nous devons encourager les familles à grandir dans la foi. A cet effet, il est bon d'encourager la confession fréquente, la direction spirituelle, l'assistance à des retraites. Toutefois, il ne faut pas cesser d'inviter à créer des espaces hebdomadaires de prière familiale, car la famille qui prie unie, demeure unie. De même, lorsque nous visitons les familles, nous devrions convoquer tous les membres de la famille à un moment donné pour prier les uns pour les autres et pour remettre la famille dans les mains du Seigneur. En même temps, il faut encourager chacun des conjoints à avoir des moments de prière dans la solitude face à Dieu, car chacun a ses croix secrètes. (227).

           G/ Pour le couple chrétien/non chrétien, persévérer dans la foi. Dans les couples où l'un des conjoints n'est pas chrétien, la souffrance ressentie de ce fait, supportée dans la foi et la charité, est déjà un acte positif qui doit faire grandir les époux dans l'amour. De plus, « il est possible de trouver certaines valeurs communes qui peuvent être partagées et être cultivées avec enthousiasme. De toute manière, aimer le conjoint incroyant, le rendre heureux, soulager ses souffrances et partager la vie avec lui est un vrai chemin de sanctification. » Comme dit Paul, le conjoint non croyant est sanctifié par le conjoint croyant. (228).

           H/ Pastorale Missionnaire. Les agents pastoraux doivent essayer au maximum d'entrer en contact avec toutes les personnes. Cela est donné parfois par les institutions existantes : paroisses, mouvements, écoles. Mais il faut aussi trouver des occasions en organisant des réunions de couples entre voisins ou amis, ou des sessions ou des récollections, ou des exposés de spécialistes sur des thèmes très concrets de la vie familiale : traiter par exemple des addictions, des infidélités, des violences familiales. (229).Il faut profiter d'autres occasions où les gens se réunissent : mariage, baptême, première communion, funérailles. Mais aussi aborder les gens chez eux, pour une bénédiction de la maison, pour une naissance, pour l'accueil et la visite d'une statue de Marie. « La pastorale familiale doit être fondamentalement missionnaire. » (230).

 

7/ Il faut accompagner les couples qui passent par une crise. « Il convient d'accompagner les conjoints pour qu'ils puissent accepter les crises qui surviennent, les affronter et leur réserver une place dans la vie familiale... de manière que les crises ne les effraient pas et ne les conduisent pas à prendre des décisions précipitées. Chaque crise cache une bonne nouvelle qu'il faut savoir écouter en affinant l'ouïe du cœur. » (232). Il ne faut pas nier les problèmes, ni les cacher, ni relativiser leur importance, ni miser sur le temps qui passe. Cela ne fait que retarder la solution et compliquer la situation. (233). Pour résoudre la crise, il faut créer des espaces pour communiquer cœur à cœur. Mais c'est difficile, si on ne l'a pas appris dans le calme. Il faut aider à découvrir les causes les plus cachées dans les cœurs des conjoints. Les agents pastoraux doivent aborder ces crises matrimoniales avec respect pour la douleur et l'angoisse des sujets : crise des débuts pour se détacher de ses parents et vivre l'un pour l'autre ; crise de l'arrivée de l'enfant, crise de l'allaitement ; crise de l'adolescence de l'enfant ; crise du moment où l'enfant quitte le nid ; crise de la retraite et de la vieillesse. Mais il y a aussi des crises économiques, du travail, de l'affectivité, crise sociale, crise spirituelle... « Savoir pardonner et se sentir pardonné constitue une expérience fondamentale dans la vie familiale... L'art difficile de la réconciliation, qui nécessite le soutien de la grâce, a besoin de la généreuse collaboration de parents, d'amis et parfois d'une aide externe et professionnelle. » (234-236). « Il est urgent de mettre en place un ministère dédié à ceux dont la relation conjugale s'est brisée. » (238).

 8/ Accompagner après les ruptures. « Un discernement particulier est indispensable pour accompagner pastoralement les personnes séparées, divorcées ou abandonnées. » (242) Il est nécessaire d'établir une pastorale de la réconciliation et de la médiation, notamment à travers des centres d'écoute spécialisés qu'il faut organiser dans les diocèses. (242). « Il est important de faire en sorte que les personnes divorcées engagées dans une nouvelle union sentent qu'elles font partie de l'Eglise, qu'elles ne sont pas excommuniées. » (243). Il faut accompagner ces personnes avec délicatesse et respect. (243). Il est nécessaire que les diocèses mettent en place tout un dispositif de personnes et de moyens pour traiter de ces questions de couples en crise ou déjà séparés. (244). Le divorce est un mal. Les principales victimes en sont souvent les enfants. Essayons d'aider les nouvelles unions qui se sont créées à faire le maximum pour protéger les enfants et les aider à grandir dans les meilleures conditions possibles. La tâche des agents pastoraux est délicate mais elle est attendue. (246).

9/ Certaines situations complexes.

A/ Mariage mixte. Que faire devant un mariage dit mixte (2 conjoints de confession chrétienne différente). D'abord il faut mettre en valeur ce qui est commun dans la foi. Ensuite, essayer d'avoir une bonne collaboration entre les ministres catholiques et autres confessions pour la préparation du mariage. Mais pour la participation à la communion, il faut être prudent et observer strictement les normes anciennes du 25 mars 1993 : « Le partage eucharistique ne peut être qu'exceptionnel. » (247).

            B/ Mariage avec disparité de culte. C'est une réalité délicate de plus en plus fréquente. La pastorale doit s'en soucier et créer un service particulier en tenant compte du contexte social et culturel. Dans les pays où il n'y a pas de liberté de culte, il faut lutter pour obtenir cette liberté religieuse pour tous. Puis, autant que possible, il faut soutenir la partie chrétienne à vivre sa foi. (248).

           C/ Pour les homosexuels. L'Eglise d'abord demande pour eux respect et accueil, sans discrimination. Il faut s'efforcer de les accompagner dans la recherche et l'accomplissement de la volonté de Dieu. Mais il est impossible de penser à un mariage : « Il n'y a aucun fondement pour assimiler ou établir des analogies, même lointaines, entre les unions homosexuelles et le dessein de Dieu sur le mariage et la famille. » Et l'Eglise proteste contre la façon de faire des organismes internationaux qui conditionnent les aides financières aux pays pauvres, à l'introduction de lois qui instituent le mariage entre personnes du même sexe. (251). D/ Les agents pastoraux doivent aider les familles monoparentales dans le besoin. (252).

 10/ Face à la mort d'un proche. « Nous ne pouvons pas nous lasser d'offrir la lumière de la foi afin d'accompagner les familles qui souffrent en ces moments. » (253). La communauté chrétienne doit être attentive à apporter son soutien à tous mais surtout à « ceux qui ne peuvent pas compter sur la présence de membres de la famille » ou sur l'affection de personnes proches. (254). Après avoir écouté celui ou celle qui souffre, il faut savoir faire dépasser la dernière étape du deuil et présenter l'espérance de la foi : «Si la loi de la mort nous afflige, la promesse de l'immortalité nous apporte la consolation. » La vie de ceux qui meurent en Christ n'est pas détruite. Elle est transformée. « Nos proches n'ont pas disparu dans l'obscurité du néant : l'espérance nous assure qu'ils sont entre les mains bonnes et fortes de Dieu. » (256). Le meilleur comportement que l'on puisse avoir avec les personnes chères décédées c'est de prier pour elles et aussi de les prier de nous aider à vivre en chrétiens. (257).

 EN CONCLUSION.

Voilà une présentation de l'Exhortation du Pape François sur la Famille. Elle est à la fois trop longue et trop brève. Trop longue, parce que surtout la deuxième partie entre trop dans les détails de la pastorale à mener. Mais c'était un des buts de cette présentation dans AKO. Trop brève parce que beaucoup d'autres aspects seraient à considérer de près, en reprenant chapitre par chapitre. Vraiment que chacun trouve courage et temps pour le faire en particulier ! Cela vaut la peine. Merci à tous pour votre grande patience !

P. Maurice aa

 

 

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