Cher jubilaire

Figurez-vous qu’il y a 50 ans, alors que vous aviez 19 ans seulement, vous avez osé prendre le risque de l’engagement dans la vie religieuse à l’Assomption avec 23 autres jeunes. Aucun des frères avec qui vous vivez dans cette communauté Emmanuel d’Alzon Aujourd’hui n’était encore né. Quelle affaire ! Pendant ces 50 années vous êtes passés de la machine à écrire à l’ordinateur, du magnétophone au portable. Vous avez été témoins d’inventions, d’événements et de changements bouleversants voire incroyables. En plus de cela, vous avez vu des amis partir et rentrer, des frères quitter la Congrégation, des êtres chers mourir, des petits neveux et nièces naître, grandir, faire leur première communion, se marier etc. Il faut le dire, si le monde a changé pendant ces 50 années, le sens de vos engagements premiers est resté intact, peut-être avec des hauts et des bas, ce qui est normal n’est-ce pas ?

Pendant ces cinquante années, vous n’avez été que missionnaires ad gentes. Et pour vous, la mission a incarné divers visages, mais avec toujours le même but : aimer et servir les hommes et les femmes en humanité pour l’Adveniat Regnum Tuum : de Layrac en France, à  Kinshasa en RD Congo, en passant par Rome, en débarquant à Paris, en disant au revoir au « Vezo, Mahafaly, Antandroy, Masikoro…» et « merci pour la Vary et le Balahazo», de  Madagascar, où vous avez passé presque la totalité de ces 50 ans.

Oui, plus de 40 ans à Madagascar ! Quelle hardiesse ! À la question de savoir comment vous aviez pu tenir, vous répondiez à un jeune frère : « C’était cela la mission! On engage toute sa vie, on s’interroge, on réfléchit, on jubile ! On y allait pour y rester et y mourir, pas pour revenir… J’ai senti une vocation missionnaire pour le Brésil,  alors que le Seigneur m’appelait pour Madagascar... Je suis allé à Madagascar pour  ma coopération militaire pendant deux ans, et la ligne de ma vie se traçait… De retour en France, à peine 10 jours après mon ordination sacerdotale, j’y suis retourné. »Toutefois dans un univers peuplé de gens, de noms, munis d’un agenda rempli de contacts, que de souvenirs inoubliables ! Voilà le salaire de ceux qui acceptent d’aller travailler dans la vigne. Imaginez-vous qu’on mette par écrit l’expérience accumulée au fil des années. Je crois qu’on aurait des tonnes et des tonnes de bouquins à remplir !!!

Père Michel, ou mieux, « Ya Michou », comme nous aimons vous appeler affectueusement, vous avez été au service  de l’éveil des vocations, de la formation, de l’économat  et du provincialat, des responsabilités qui ne laissent pas les confrères indifférents, car vous avez à faire à des hommes et non pas à des anges : et oui, ici et ailleurs, certains vous chérissent, d’autres vous font la tête et c’est justement là que vous avez su vous accrocher à l’essentiel sur, les pas du Père d’Alzon, à la suite de Saint Paul : « pour moi vivre, c’est le Christ » avec le seul souci de le servir et de servir l’Eglise son épouse.

A la veille de vos 70 ans d’âge, au lieu  de prendre  le temps de repos et rester dans vos « aises françaises », vous avez accepté volontiers rentrer dans le projet de la congrégation en acceptant de venir former, avec d’autres frères, cette communauté internationale de formation. Merci pour votre disponibilité, votre serviabilité et votre amour pour l’assomption. Nous vous sommes reconnaissants pour votre générosité.  J’aimerais risquer en répertoriant, les sept ingrédients qui pimentent la vie du brave  missionnaire que vous êtes parmi nous: Voir, Ecouter, Toucher, Goûter, Sentir, Rire et Aimer.

Cher jubilaire, si vous êtes là aujourd’hui c’est grâce à Dieu évidemment, mais aussi c’est parce qu’au fil du temps, il y a eu une mise à jour sans cesse de votre « oui » à la suite du Christ, au service de notre Congrégation et de nos frères et sœurs  façonnés de la même pâte humaine.

Et nous qui avons répondu « oui » à l’invitation du Seigneur, malgré notre faiblesse, rendons-lui grâce de pouvoir nous rassembler comme peuple renouvelé par son pardon et n’oublions jamais de faire la mise à jour de notre foi et de notre baptême. Espérons-nous retrouver tous au jubilé de diamant du Père Michel JARY qui nous a invités autour de lui aujourd’hui.

Frère Georges HOUSSOU, Assomptionniste

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